L'homme était au pouvoir, mais il n'y semblait pas assis. Il ne le fut que du jour où la Constitution donnée à l'Etat était approuvée par la Nation : elle le fut, le 18 pluviôse an VIII, par plus de trois millions de voix contre 1562. Les consuls définitifs, dont la nomination était par le même plébiscite, confirmée, étaient avec Bonaparte proclamé Premier Consul et vrai chef du pouvoir exécutif, deux hommes précieux mais peu gênants pour lui, Cambacérès pour le pouvoir législatif et Lebrun pour le pouvoir judiciaire. Aussitôt, il se mettait à l'oeuvre de restauration qu'il entendait appuyer sur la réconciliation des français. Il fallait bâtir de toutes pièces un gouvernement et une administration, car tout était, depuis 1794, anarchie et désordre. Peuplant le Conseil d'Etat d'hommes compétents et laborieux, s'éclairant de leurs lumières et s'appuyant de leur autorité, préparait en quelques semaines avec eux les lois d'urgence qui seraient portées devant les assemblées, Tribunat et Corps législatif. Si, dans les premiers jours, une opposition paraissait se créer au sein de ces assemblées, l'opinion s'en montrait si irritée, que cette opposition était bien réduite à peu, et c'est ainsi qu'en quelques mois, le Premier Consul leur faisait agréer les projets qui, convertis en lois du 28 pluviôse et du 27 ventôse, constituaient les premières assises du "monument de l'an VIII" : élevé depuis quelques temps, celui-ci devait, sous des régimes si divers, traverser un siècle et demi : préfectures et sous-préfectures auxquelles l'administration communale était subordonnée, nouveau système judiciaire, fortement hiérarchisé, administration financière pourvue aussitôt de tous ses rouages. On attendait alors de Bonaparte l'ordre d'une loi sévère : la France rurale, devenue une France militaire, voulait le respect des "conquêtes" de la Révolution, particulièrement des "biens nationaux". En dictant très rapidement à Daunau les 95 articles de la nouvelle Constitution, Bonaparte entendait montrer qu'il ne s'attarderait pas aux discussions juridiques. D'entrée de jeu, il écartait Sieyès du pouvoir. Trois consuls nommés par le Sénat restaient en charge pendant dix ans, mais les trois premiers seraient désignés par la Constitution, c'est-à-dire par lui-même. Bonaparte avait alors le droit de guerre et de paix, il nommait aux emplois civils et militaires, il avait l'initiative des lois. L'Eglise avait été laissée de côté. Avant de réformer, il fallait, dans le domaine religieux, pacifier, apaiser les esprits. Dès le début de 1800, l'insurrection de l'Ouest fut de nouveau maîtrisée. Le Premier Consul fit rendre aux émigrés les biens qui n'avaient pas été vendus, et beaucoup choisirent de rentrer en France. Une difficile négociation fut engagée avec le Pape, si mal traité par le Directoire, pour mettre fin au schisme de l'Eglise de France institué par le célèbre Robespierre ; l'abbé Bernier réussit, du côté français, à s'entendre avec le cardinal Consalvi. Le "Concordat" du 15 juillet 1801 scellait cet accord : la religion catholique était reconnue en France comme celle de la "grande majorité des Français". Son exercice était garantie, ses serviteurs rémunérés par l'Etat ; la France se divisait alors en soixante diocèses et dix archevêchés. La mission de réconciliation générale était alors terminée.
En pleine gloire, le 24 décembre 1800, Bonaparte avait été victime d'un attentat. La "Machine infernale" de la rue Saint-Nicaise aurait pu empêcher le vainqueur de Marengo de rétablir la paix. Il fallait, dit aussitôt Napoléon, renforcer le régime autoritaire, sans toutefois lui substituer la monarchie. Au début de 1802, le Premier Consul décida de se débarrasser des libéraux irréductibles, qui le raillaient dans les salons parisiens, le brocardaient à l'Institut de France, et gênaient le travail législatif. Il épura le Tribunat, qui était l'assemblée la plus remuante, en accusant les tribuns de jacobinisme.
En pleine gloire, le 24 décembre 1800, Bonaparte avait été victime d'un attentat. La "Machine infernale" de la rue Saint-Nicaise aurait pu empêcher le vainqueur de Marengo de rétablir la paix. Il fallait, dit aussitôt Napoléon, renforcer le régime autoritaire, sans toutefois lui substituer la monarchie. Au début de 1802, le Premier Consul décida de se débarrasser des libéraux irréductibles, qui le raillaient dans les salons parisiens, le brocardaient à l'Institut de France, et gênaient le travail législatif. Il épura le Tribunat, qui était l'assemblée la plus remuante, en accusant les tribuns de jacobinisme.


